Science & sécurité - Nouvelles...

Est-ce que les OGM ou les nouveaux outils de sélection réduisent la diversité génétique ?

Entretien avec André Gallais, Professeur émérite d'AgroParisTech, membre de l'Académie d'agriculture de France et auteur de nombreux ouvrages scientifiques. Il a été responsable de programmes de génétique et d'amélioration du maïs de 1982 à 2005.

AG : « Pour étudier la diversité génétique, on a besoin de marqueurs moléculaires. Car le plus important, c’est de pouvoir déterminer le nombre et la nature des allèles aux locus marqueurs. Un indice intéressant dit de NEI permet d’analyser et d’évaluer la biodiversité « utile » pour des caractères intéressants. La sélection fait perdre des allèles (on élimine par exemple les gènes de sensibilité aux ravageurs, au froid…) et l’indice de NEI appliqué sur le maïs montre que des allèles rares spécifiques aux populations ont été perdus lors de l’adoption des hybrides, mais ils ont été compensés par de nouveaux allèles. La diversité génétique globale a diminué, mais la biodiversité utile a augmenté. C’est vrai pour la plupart des plantes.

Les plantes génétiquement modifiées (les OGM) ne constituent pas un goulot d’étranglement tel que nous l’avons explicité. Car la transgénèse consiste à ajouter un gène d’intérêt dans une variété élite. La diversité génétique d’une variété OGM est donc identique à la diversité de la variété non transgénique dont elle est issue.  La transgénèse ne diminue donc pas la biodiversité mais elle l’augmente en ajoutant de nouveaux gènes « utiles ».

C’est le même raisonnement lorsque le sélectionneur utilise la mutagénèse et donc les nouveaux outils de sélection. Un « nouvel » allèle pourra être, en une manipulation, utilisé dans différents fonds génétiques. 

Ce qui est essentiel actuellement, c’est de gérer au mieux l’accès et l’utilisation des ressources génétiques, notamment en préservant les systèmes de protection intellectuelle qui protègent la recherche et donc l’innovation. Car de toute façon, l’intérêt à long terme, c’est qu’une certaine diversité reste accessible à tous. Une trop grande concentration des entreprises semencière est peut-être, aujourd’hui, le plus grand risque d’un nouveau « goulot d’étranglement ».  


Share